Beckett, Fin de Partie

Publié le par Mister Formidable

   Langue d’origine : Français et Anglais (traduit en Anglais Beckett lui-même)

 

   Résumé :

   Hamm et Clov vivent dans une barque de deux pièces avec les parents de Hamm, Nell et Nagg. Le monde est plongé dans un état Apocalyptique, où la faune et la flore ont disparu, et les quatre personnages semblent condamnés à vivre sous le même toit. Hamm est paralytique et aveugle, Clov n’a plus la possibilité de s’assoir, Nell et Nagg vivent dans deux poubelles et ne peuvent plus que manger de la bouillie. La vie est répétitive et pesante. Alors pour se distraire de leur(s) ennui(s), les personnages se racontent des histoires, s’engueulent, etc.

 

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 8.5/10

   Je vous résume Beckett en quelques mots : il y en a beaucoup qui n’aiment pas. J’ai l’habitude de penser que c’est parce qu’ils n’ont pas vu toutes les richesses de son œuvre. En même temps, son œuvre n’est pas aussi attirante que celle d’Ionesco par exemple. Chez Ionesco, il y a une certaine fantaisie, les hommes deviennent des rhinocéros, des champignons poussent dans une maison sous l’effet d’un cadavre qui ne cesse de grandir, deux vieux mettent des chaises pour des invités invisibles (ou imaginaires, c’est à vous de voir). Chez Beckett, rien de tout ça, pas de fantaisie, tout est noir, malade, en perdition… humain, en quelque sorte. Et je préfère personnellement lire Ionesco, car j’arrive à voir l’humour d’Ionesco dans le texte, alors que je ne vois pas l’humour de Beckett en le lisant. C’est sur scène que l’humour de Beckett ressort le mieux (si c’est bien représenté et joué, bien sur).

   Je sais, j’ai merdé un peu à essayer de résumer la pièce, parce qu’on ne peut pas la résumer. Mais il fallait que je la résume, donc je l’ai résumé. C’est pas si mal en fait, j’ai fait un bel effort. C’est un beau résumé, même s’il ne dit pas tout. Je vais alors tenter dans cet article de vous donner une idée plus claire de cette œuvre.

   Je sais que beaucoup viendront m’insulter, me cracher dessus, qu’on me critiquera, un lancer de cailloux ou (soyons fous) de pierres m’assommera pour avoir conseillé une pièce aussi inconseillable que Fin de Partie. Mais moi, j’aime bien Fin de Partie. Et je ne suis pas le seul à aimer. C’est vrai que vous risquez si vous cherchez de l’action de vous ennuyer. Ce que je fais, quand je lis ou quand je vois Beckett c’est que je me laisse faire. Je pense que c’est la règle à suivre pour avoir des chances d’aimer. Je ne dis pas que vous aimerez absolument. Mais il ne faut pas trop se créer d’attentes. Beckett n’est pas un auteur qui aime l’action et les péripéties, et ce n’est même pas Ionesco. C’est un auteur qui a voulu se démarquer des autres.

   Dans Fin de Partie, et ceux qui se sont emmerdé l’ont compris : les personnages s’emmerdent. Ils sont vieux ou approchent de la vieillesse, malades, handicapés, demandent de la bouillie, leurs médoc’, et ont besoin des autres pour survivre. Or les hommes ont quasiment tous disparu (la fin de la pièce laisse planer le doute). Au moins, il y a un avantage ici : les personnages sont peu nombreux. Comment, il n’y a pas d’avantage ? Vous n’avez jamais lu du Shakespeare ou une tragédie de Victor Hugo pardi ? Vous n’avez pas vu la liste des personnages ? Deux kilomètres, la liste, on a envie à force d’arracher la page du livre pour l’avoir à côté de soi au lieu de se demander qui est celui-là. Claudel a fait mieux avec le Soulier de Satin. Ici, non, quatre personnages. Ils sont tous foutus, ce qui change des autres pièces de théâtres.

   Ne croyez pas que ce soit déprimant, c’est même très drôle, Beckett a beaucoup d’humour. Et on voit qu’il est très cultivé, qu’il a côtoyé différents milieux sociaux. Il arrive aussi bien à faire des références très fines qu’à sortir les plus grosses grossièretés. D’après ma prof de lettres, il adorait les gros mots bien dégoulinants, ce que sa mère n’acceptait pas. Je ne vous ai pas dit que Beckett est irlandais ? Comme sa mère, bien évidemment, qui n’entendait goutte à la langue de Molière. Donc n’ayant pas le droit d’en dire, il les disait en français, pour que sa mère ne comprenne pas, ce qui montre combien notre langue est estimée de par sa richesse auprès des irlandais. Comme Beckett, les personnages aiment dire des gros mots en français. Après, Beckett a lui-même traduit sa pièce en anglais, ce qui fait que ses personnages les disaient en anglais. Mais ça ne fait rien, l’essentiel, c’est qu’il y plusieurs niveaux de langues dans Fin de Partie. A la fin, j’ai quand même plaint les personnages. Peut être que le moins, dans la pièce, c’est la fin qui est un peu longue (je parle ici en tant que spectateur). C’est là qu’on rit le moins. On ne pleure pas, les dépressifs profonds pleureront, mais Beckett n’a jamais écrit pour faire pleurer. Il y a une petite angoisse qui se dégage à la fin, mais c’est juste une angoisse. On ressort du théâtre tout heureux d’avoir passé un bon moment.

   Et qu’est ce qui se passe dans la pièce ? Très bonne question. En fait, il ne se passe pas grand-chose. Il se passe des choses quand même, les personnages ne sont pas immobiles comme des statues durant deux heures. Il se passe des choses, mais comment dire… Par exemple : les personnages tuent une puce, Hamm demande à faire une petite promenade (sur scène) en fauteuil roulant, il fait un caprice pour que son fauteuil soit au milieu de la pièce, il raconte une histoire nullissime, Nell et Nagg parlent du bon vieux temps, Nagg suce un biscuit, etc. Dans En Attendant Godot, Beckett avait encore fait mieux : les personnages mangeaient une carotte. C’est Beckett. La pièce est vide, et pourtant, il n’y a pas de vide dans la pièce.

   J’espère en tout cas que vous aurez la curiosité d’y jeter un coup d’œil. Si vous voulez la voir au théâtre, j’étais allé la voir il y a trois ans au théâtre de l’Atelier dans une mise en scène de Charles Berling. Vous avez deux possibilités : soit vous remontez le temps pour aller voir Fin de Partie au théâtre, soit vous achetez le DVD qui est sorti et qu’on m’a offert pour mon anniversaire ^^. Et si vous trouvez que le DVD est trop cher, comme moi, vous demandez le DVD pour votre anniversaire à vos parents ou à des amis, comme ça, pas de regret d’avoir dépensé 20 euros. Je sais, je suis odieux. Mais la mise en scène de Charles Berling est vraiment bien, très fidèle à la pièce, et les acteurs jouent très bien.

 

Publié dans Littérature

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