Du Bellay, Les Regrets

Publié le par Mister Formidable

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 6.5/10

   Du Bellay nous offre dans Les Regrets l’image de sa déception. Les Regrets Petit-bateau-logo[1]est un recueil de poésie, de sonnets plus précisément. Un sonnet, pour l’info, c’est un poème composé de deux strophes de quatre vers suivis de deux strophes de trois vers. De plus, au XVIème siècle, les deux premières strophes avaient des rimes embrassées (a-b-b-a), ce qui a changé par la suite. Là est peut être ce que je n’ai pas toujours aimé dans ce recueil : le côté monotone. Non que je n’aime pas les sonnets, mais lire un recueil de 191 sonnets et seulement des sonnets, c’est lourd à la fin. D’autant que de nombreux sonnets se rejoignent. C’est en même temps une qualité : quand un recueil présente des dizaines de thèmes, après avoir fini la lecture, on ressort avec une impression de fouillis, comme si on n’avait pas saisi à quoi se résumait le recueil. Ici, c’est très clair : le recueil traite des regrets de Du Bellay d’être allé en Italie. Il faut savoir que durant la renaissance, nombre de poètes étaient passionnés par l’Italie, parlaient Italie, écrivaient Italien, rêvaient Italie (un peu comme moi pour le Japon ^^). Mais comme l’imagination sait créer de belles images de choses qui ne sont pas toujours belles, l’Italie s’est révélée dans toute sa réalité à Du Bellay : en fait, ce n’était pas si bon qu’on le disait.

   On retrouve dans le recueil le thème du voyage sans retour, surtout avec le célèbre sonnet Heureux qui comme Ulysse. L’image d’Ulysse revient souvent dans ce recueil qui vient ici montrer l’angoisse du poète. Mais comme pleurer n’est pas assez (il faut bien faire autre chose de son temps), Du Bellay nous a également écrit des sonnets où il critique, voire ridiculise l’Italie. Il en montre une assez mauvaise image. On se dit alors qu’il y a eu une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ce sont des sonnets plus agressifs que les autres et ce sont ceux que j’ai aimé le plus ^^.

   Bon, 6.5/10 peut sembler une note injuste, d’autant que les sonnets dans ce recueil sont très beaux, et Du Bellay sait être plus personnel et plus direct que Ronsard. Je préfère Du Bellay car il est plus sensible que d’autres poètes de son temps, ce qui est une qualité chez un poète. Il y a bien sur le célèbre sonnet heureux qui comme Ulysse, mais aussi un grand nombre de sonnets qui m’ont plut. On a l’impression que Du Bellay survit plus qu’il ne vit. C’est simple, il n’arrête pas de s’adresser à ses amis (qui en fait s’étaient pas auprès de lui quand il écrivait, ce qui donne l’impression qu’il avait pété un câble ^^). Mais ce n’est pas pour moi ce qu’il y a de plus beau en poésie, les sonnets de Du Bellay ne sont pas ceux qui m’émeuvent le plus.

 

   Quelques poèmes quand même :

 

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

 

Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

 

Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine,
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

 

Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 

*

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

Publié dans Littérature

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gloria 08/11/2012 16:42

Bonjour

moi j'ai trouvé sur Facebook trois sonnets surgis de nulle part ailleurs, ni sur le Net sinon ni dans la Pléiade. Henri Suhamy les croit authentiques mais il est shakespearien et pas spécialiste du
XVIeme, alors qui ?

En tout cas si c'est un pastiche je ne vois qu'un génie comme l'habile Robert Rapilly ou le facétieux Louis Latourre pour avoir ce talent? Merci de me dire si vous trouvez un auteur ancien ou
moderne



I. Loing du propos ſans gouſt, loing du parler groſſier
Qui trop regna long-temps par le paÿs de France.
Loing des amuſemens, ſans ame, ſans ſcience,
Où mainct poëte hier cruſt bon de ſ'oublier.

Loing des diſcours oiſeux, des ſonges de papier,
Phebus de ſon grant art nous rend la conaiſſance.
Homere puis Petrarque y joignans leur puiſſance,
Noſtre langue à nouveau voit ſon ſoleil briller.

Un poëme aux accens ſçavament agencez
Prolonge la leſſon dez grans maiſtres paſſez.
De la Grece et de Rome il conſerve la marque.

Mais lors ſa plus grant gloire au royaume françois,
Son laurier qu'au jour d'huy le plus hauct je luy vois,
C'eſt de ſçavoir charmer ſon bien aymé monarque.




II. Qui veult conoiſtre vn homme aux mille courtiſans,
Doibt comme luy ſe faire amy de l'injuſtice,
Cherir la vanité, l'envie, l'avarice,
Et toutes les vertus communes aux puiſſans.

Qui veult conoiſtre pis, perfides, malfaiſans,
Des ſept pechez mortels toujours pronts au ſervice,
Il doibt entrer de Rome en la Tres-Haulte Lice
Y renconſtrer la Beſte et tous ſes partiſans.

Paſſant par tous degrez, ſous-diacre, diacre, preſtre,
Eveſque et archeveſque, il ſe preſente au Maiſtre
Avecque toge pourpre et galero bouffon :

Car la couleur icy change en vertu le vice.
Et l'apparat pompeux qu'on dict cardinalice
Deſguiſe la rougeur que meſt la honte au front.




III. Vous ſçachant trop, la nuict, ſous l'amoureuſe loy
Courir dissimulee où le Desir vous meine,
Je doubte ſi mon cueur doibt en reſſentir peine,
Ou s'éjouir plutost de voſtre peult de foy.

Car ſur ce champ celé dont vous payez l'octroy,
Scrupule ny regret ny honte ne vous freine.
Et vous tenez, ce ſemble, à vous imposer geſne
En affirmant le jour n'eſtre jamais qu'a moy.

LAURE, j'ay plain ſoupçon de vos eſbats nocturnes.
Mais quand de pleurs jaloux je remplirois cent urnes
Ils ſecheroient bien toſt ſous vos ardans ſoleils :

De la fidelite la chaiſne m'importune.
Nous ſommes loupve et loup que faict ſortir la lune ;
Commune liberté faict nos chemins pareils.