Ionesco, Rhinocéros

Publié le par Mister Formidable

   Résumé :

   Des rhinocéros sont apparus dans la ville. Combien ont-ils de cornes, d’où viennent t-ils ? Cette apparition provoque l’étonnement de ceux qui se trouvaient sur place et les pousse à se poser des questions. Or par la suite, la situation va se révéler bien plus problématique pour Béranger, Jean et leur entourage : ces rhinocéros sont en réalité des hommes atteints par une maladie, la rhinocérite, responsable de leur transformation. Et si l’épidémie de rhinocérite se propageait davantage ?

 

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 8/10

   Après avoir écrit sur Fin de Partie de Beckett, je me suis dit qu’il valait mieux vous donner un exemple de pièce d’Ionesco et vous pousser à lire cet auteur par la même occasion. C’est pour cela que j’ai choisi Rhinocéros. C’est la pièce la plus aboutie de l’auteur, une des plus aimée aussi, celle qui lui a donné le succès. La Cantatrice chauve, pas beaucoup de personnes en comprennent « l’utilité ». Je vous en parlerai un jour, c’est promis. Mais faisons les choses dans l’ordre.

   La rhinocérite a frappé les hommes… Attendez… La rhinocérite, ça n’existe pas… Et ben oui, c’est le principe, parler d’une maladie qui n’existe pas. Ionesco adore l’humour, il n’allait pas coller la peste ou la tuberculose à ses personnages pour faire rire le spectateur quand même. C’est la spécialité de Beckett, pas d’Ionesco. Ionesco est un auteur qui aime la fantaisie, qui ne se prend pas au sérieux, et si j’ai longtemps préféré Ionesco à tous les autres auteurs, c’est par son manque de sérieux. Ionesco n’a pas la grosse tête, et malgré le fait qu’il cherche une certaine originalité, au fond, je pense qu’il a pour désir de plaire. Les pièces d’Ionesco ont un humour tellement accessible que je n’arrive pas à l’imaginer écrivant seulement pour une certaine élite. Ionesco se fout de l’élite, et il a bien raison ^^

   Mais même si on n’en a pas l’impression, le sujet qu’il traite dans Rhinocéros est sérieux. Bon, on rit bien de voir des gens se transformer en rhinocéros, ce sont nos fantasmes d’enfant qui reviennent sous nos yeux (vous vous souvenez du vacherin des Razmoket peut-être…), mais derrière cette rhinocérite se cache un évènement qui a marqué Ionesco : la monté du totalitarisme en Roumanie avec la figure rayonnante de Ceausescu. En quelque sorte, la rhinocérite est le symbole de la montée du totalitarisme. Je le précise quand même, Ionesco était d’origine franco-roumaine, il a donc connu directement (ou indirectement, j’avoue ne pas vraiment savoir) le régime de Ceausescu. Ionesco a donc vécu la rhinocérite. On a souvent l’habitude de rapprocher le personnage de Béranger d’Ionesco lui-même. Et je suis toujours tenté de le faire. J’aime beaucoup ce personnage. Il et négligé, sale, ivre, mais tellement lucide. C’est le seul à ne pas se poser de questions inutiles. Les autres y vont fort, à se demander par exemple combien les rhinocéros ont de cornes au lieu d’agir tout simplement. Et bien Béranger sait, malgré les apparences, ne pas se poser ce genre de questions inutiles. Et c’est pour cela qu’on l’aime bien, Béranger.

   Je ne vous cache rien : l’épidémie va atteindre un grand nombre de personnages dans la pièce. Et c’est en cela qu’elle est réaliste. Je ne vais pas vous le répéter indéfiniment : je sais bien que la rhinocérite, ça n’existe pas. Pourtant, Ionesco est réaliste, surtout dans le dernier acte, et il va plus loin que beaucoup d’autres auteurs: et si ceux qui ont résisté pouvaient tout d’un coup adhérer au pouvoir totalitaire ? C’est en quelque sorte une question qu’on pose tous. En cas de totalitarisme, peut-on échapper à l’emprise du pouvoir totalitaire ? C’est pour ça que pour moi, cette pièce n’est pas banale. Même le héros (donc l’auteur lui-même) risque de ne pas être épargné par la rhinocérite.

 

Publié dans Littérature

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