Nothomb, Stupeur et tremblements

Publié le par Mister Formidable

   Résumé :

   Amélie, jeune femme belge ayant vécu au Japon durant son enfance, y retourne pour un contrat de traductrice dans la prestigieuse entreprise Yumimoto. Or ce séjour au Japon ne se déroule pas comme prévu, et la jeune femme essuie humiliation sur humiliation, découvrant la réalité du travail au Japon.

 

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 7/10

   Nombreux sont ceux qui n’aiment pas Amélie Nothomb. Je n’en fais pas partie. Peut-être a-t-elle écrit des œuvres médiocres ces dernières années (je ne les ai pas lues, je ne peux pas juger), mais elle a une qualité : elle a un style. C’est un style qui a des limites, mais c’est un style quand même. Le monde débloque, on la critique parce qu’elle porte des chapeaux hauts, parce qu’elle mange des fruits pourris, parce qu’elle se maquille bizarrement… Et alors ? Quel rapport avec son œuvre littéraire ? On ne juge pas un auteur sur son style de vie ! Comme si les auteurs classiques n’avaient pas eu leurs manies (MDR)! C’est ce qu’on faisait au XIXème siècle, juger un auteur sur son style de vie. Et autant vous dire que c’est passé de mode. Et toutes ses manies, les thèmes qu’elle aborde, par exemple le thème de la nourriture, il faudrait savoir pourquoi elle en parle tellement au lieu de juger à l’aveugle…

   J’ai beaucoup aimé Stupeur et tremblements. Est-il réellement autobiographique ? Amélie a vécu au Japon qu’elle a quitté ensuite dans son enfance, ce qu’on nous dit dans le roman, et le personnage se nomme Amélie. Mais a-t-elle vraiment travaillé dans cette entreprise ? Ce sont les questions que je me suis posé. Mais comme je n’ai pas de réponse, je n’ai pas fait de fixation. Et vous remarquerez aussi qu’on s’en fout un peu (mais qu’est-ce que j’aime me poser des questions inutiles ^^). Donc pour parler du roman en lui-même, j’ai beaucoup aimé le parcours du personnage, cette descente en Enfer. C’est une vraie descente en Enfer. On sent le personnage enfermé, condamné à s’enfoncer encore plus. J’avais l’impression de voir une machine qui débloquait. Pauvre Amélie, se faire traiter comme ça. Surtout l’impossibilité d’en sortir.

   Je suis d’accord que la vision du monde du travail japonais qu’elle donne peut sembler exagérée. Et peut-être que pour accrocher le lecteur, elle a joué sur l’exagération (car j’étais quand même accroché face à tant de cruauté, de voir que des êtres puissent être aussi mauvais). Je pense surtout à l’hypocrisie de la supérieure d’Amélie, Mori-chan. Mais je ne pense pas que tout soit exagéré quand même. Il faut je pense voir Amélie Nothomb comme une japonaise. Ses parents sont belges, mais mentalement, elle n’est pas belge, elle est japonaise. Elle a appris le japonais donc a pensé en japonais, elle a grandi avec des nourrices japonaises, était élève dans une école japonaise, a vécu au Japon, donc mentalement, elle japonaise. Ceux qui ont l’habitude de voir des Dramas japonais ont peut-être remarqué la similitude entre les romans d’Amélie Nothomb et les Dramas japonais. Primo, la nourriture… Qu’est-ce qu’on en a fait, du tapage, sur le fait qu’elle parle tout le temps de nourriture dans ses œuvres… La Métaphysique des tubes présenté même comme un concept philosophique, la Biographie sur la faim aussi qui parle quasiment que de nourriture, sa passion pour les fruits pourris qu’elle ne cache pas, les fixations sur la nourriture dans Acide sulfurique… jusqu’aux chocolats verts d’Omochi-san dans Stupeurs et tremblements… ça ne vous rappelle rien ? Voyons, tous ces cris et ces « C’est bon ! » poussés par les personnages de Dramas, les déjeuners renversés pour énerver l’autre (encore dans les Dramas), ces amitiés scellées autours d’un déjeuner (toujours dans les Dramas), sans oublier les talents de cuisinier ou de cuisinière qui font d’un personnage un être exemplaire… Vous l’avez compris, c’est un trait de la mentalité japonaise, qu’on trouve aussi dans un certain nombre de roman, de films, etc. Le culte de la beauté de Mori-chan (la supérieure d’Amélie) : certains de mes amis ont parlé de tactique romanesque : donner à un personnage l’apparence d’un ange avant d’en faire un diable pour surprendre le lecteur. Mais ça ne vous dit vraiment rien ? Tous ces personnages de Drama qui semblent gentils, dont on vante la beauté, que le spectateur a presque envie de prendre dans les bras, mais qui se révèlent être pire que tout… Est-ce qu’on n’a pas ici des reflets de Mori-chan ? Si, tout montre que les manies d’Amélie Nothomb sont nées de sa mentalité japonaise. Et quand je pense à toutes les persécutions dont parlent les Dramas, je me dis que quand même, ça doit être une réalité au Japon.

   Sinon le roman est agréable à lire. Si vous êtes dans un état de dépression, ce roman est fait pour vous. Il y a de l’humour, c’est un livre léger, vraiment bien. C’est un roman qui peut remonter le moral de ses lecteurs, et comme je suis quelqu’un de sympathique et que je veux vous voir heureux (oui, je sais, je suis formidable), je vous le conseille. J’ai quand même mis 7/10 parce que certaines phrases dans le roman m’ont gênées (ce n’est pas systématique chez Amélie Nothomb, mais j’ai l’impression que certaines phrases ne sont pas assez travaillées, mais peut-être que j’en fais un peu trop). Donc voilà, c’est un roman qui mérite la moyenne, quand même.

 

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