René Char

Publié le par Mister Formidable

   J’aime bien René Char. Je l’ai découvert cette année. J’avais commencé à le lire pour alimenter ma culture poétique. C’est bizarre, malgré le fait que je préfère la poésie aux romans et au théâtre, j’avais les années précédentes eu plus l’idée de lire des romans et des pièces de théâtre que des recueils de poésie. Mais je me suis dit que je devais sérieusement me mettre à lire de la poésie. Et comme Char est un des plus grands poètes du XXème siècle, j’ai acheté et lu son recueil Le Marteau sans maitre. Mais j’ai vite découragé. Je lisais un même texte deux, trois, cinq fois sans rien comprendre. De toute façon, c’est le principe de la poésie de Char : elle est très compliquée. Elle a un sens, mais il faut savoir la lire pour la comprendre (je vous donnerai l’astuce, ne vous inquiétez pas). Donc voilà, Le Marteau sans maitre, ce n’était pas vraiment pour moi. Mais j’ai compris par la suite mon erreur. Grace à ma prof de français (j’ai failli prétendre que c’était par moi-même que j’ai fais la découverte, mais ça aurait été assez gros je crois, donc je l’avoue, je ne suis à l’origine de rien). Il ne faut pas tenter de tout comprendre. C’est la règle quand on lit de la poésie en générale, mais surtout quand on lit la poésie de René Char. Il y a des poètes qu’on comprend assez facilement, Victor Hugo, Baudelaire, Prévert... Mais Char, on ne peut le comprendre que si on se laisse emporter par sa poésie. Bon, pas tout, il reste des parts d’ombres, même si on s’est laissé emporter. Mais on comprend davantage de chose que si on reste coincé sur chaque mot.

   Char me fait penser, quand je le lis, à ces chauffards (désolé de la comparaison ^^) qu’on voit parfois dans des reportages, qui cassent tout sur leur passage, se font poursuivre par trois voitures de flic, semblent ne jamais vouloir s’arrêter avant de s’arrêter quand même. C’est l’impression que j’ai quand je lis du Char. Ne me regardez pas comme ça, je n’ai rien fais. C’est vrai, en plus, René Char a quelque chose de très terrestre. Je le vois comme ça. Il est très terrestre. Il semble avoir cette volonté de s’élancer dans la vie, non pas timidement, mais avec grand fracas, bruit, sans hésitations. Un grand nombre de ses textes mettent en scène un poète toujours en mouvement. Que ce soit dans l’amour, dans la résistance, face à la mort et à la solitude, il y a toujours  cet élan et ce fracas. Je peux me tromper, mais c’est ce que j’ai vu. Et pas d’envolées lyriques à la Chateaubriand. Char est clair, précis… Oui, il est terrestre, la tête sur les épaules.

   On laisse quand même de la sueur sur les pages, et si vous voulez lire quelque chose de facile, je vous déconseille sa poésie. Mais c’est une expérience à tenter. C’est quand même une des grandes figures de la poésie française. On aime ou on n’aime pas, mais il serait dommage de le louper. C’est une partie de la France en quelque sorte, qu’on le veuille ou non. Il a fait parti d’un des grands mouvements artistiques qui est le surréalisme, peut-être un des plus grands mouvements artistique du début du XXème siècle (où se sont illustrés les poètes André Breton, Paul Eluard ou Robert Desnos, les peintres Salvador Dali ou Yves Tanguy, qui a aussi influencé beaucoup d’autres artistes comme Henri Michaux). Il a fait parti de la résistance. Il a été admiré par beaucoup d’écrivain comme Albert Camus et a influencé de son côté des poètes comme Jacques Dupin (dont je vous parlerai bientôt). En plus, son expérience de résistant, je l’ai senti dans beaucoup de poèmes, surtout dans le recueil Feuillets d’Hypnôs (présent dans Fureurs et Mystères chez Poésie/Gallimard). Et contrairement aux autres œuvres, ici René Char arrive à être clair de temps en temps. Donc, c’est un poète à ne pas vraiment louper. De toute façon, vous pourrez facilement trouver certains de ses poèmes dans des anthologies. Il me semble qu’on peut en trouver certains dans l’anthologie de George Pompidou (publiées en livre de Poche). Mais je n’en suis pas sur (suffit de la feuilleter).

 

     Bibliographie :

 

- Arsenal (1926)

- Ralentir Travaux (1930) avec André Breton et Paul Eluard

- Le Marteau sans maitre (1934)

- Le Poème pulvérisé (1945)

- Feuillets d’Hypnôs (1946)

- Fureur et Mystère (1948) dans lequel est inclus entre autre Feuillets d’Hypnôs

- Lettera Amorosa (1952)

- Recherche de la base et du sommet (1955)

- La Parole en archipel (1962)

 

   … et bien sur, quelques poèmes :

 

   -FASTES-

     L’été chantait sur son roc préféré quand tu m’es apparue, l’été chantait à l’écart de nous qui étions silence, sympathie, liberté triste, mer plus encore que la mer sont la longue pelle bleue s’amusait à nos pieds.

     L’été chantait et ton cœur nageait loin de lui. Je baisais ton courage, entendais ton désarroi. Route par l’absolu des vagues vers ces hauts pics d’écume où croisent des vertus meurtrières pour les mains qui portent nos maisons. Nous n’étions pas crédules. Nous étions entourés.

     Les ans passèrent. Les orages moururent. Le monde s’en alla. J’avais mal de sentir que ton cœur justement ne m’apercevait plus. Je t’aimais. En mon absence de visage et mon vide de bonheur. Je t’aimais, changeant en tout, fidèle à toi.

 

*

 

   -VIOLENCES-

   La lanterne s’allumait. Aussitôt une cour de prison l’étreignait. Des pêcheurs d’anguilles venaient là fouiller de leur fer les rares herbes dans l’espoir d’en extraire de quoi amorcer leurs lignes. Toute la pègre des écumes se mettait à l’abri du besoin dans ce lieu. Et chaque nuit le même manège se répétait dont j’étais le témoin sans nom et la victime. J’optai pour l’obscurité et la réclusion.

   Etoile du destiné. J’entr’ouvre la porte du jardin des morts. Des fleurs serviles se recueillent. Compagnes de l’homme. Oreilles du Créateur.

 

*

 

   -PYRENEES-

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inexorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

Publié dans Ecrivains

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