Segalen, Les Immémoriaux

Publié le par Mister Formidable

   Résumé :

   A Tahiti, au début du XIXème siècle, Terii, jeune haérè-po, c'est-à-dire récitant et gardien des généalogies ancestrales, assiste à l’arrivé des Piritané (les Britanniques). Ayant fait une erreur dans la récitation des généalogies sacrées, cette erreur est perçue comme un présage de malheur qui semble avoir fait son apparition avec les nouveaux arrivants. Les Piritané ont pourtant du mal à imposer leurs règles et leurs coutumes. Mais qu’en sera-t-il dans les années qui vont suivre ? Ce mauvais présage et les signes (comme les maladies nouvellement apparues) auront-elles raison des traditions polynésiennes ?

 

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 9/10

   J’ai découvert Segalen dans ma période chinoise. J’ai comme ça des périodes dans ma vie, des moments où je me met à aimer les choses à fond avant d’être un peu plus raisonnable. J’ai eu une période chinoise où je me mettais à m’intéresser à tout ce qui touche à la Chine. C’est durant le lycée, quand j’étudiais le mandarin. Car Segalen est un auteur qui connait bien la Chine, il y a vécu, et la majeur partie de son œuvre est chinoise. Il a écrit en français, mais on sent une influence chinoise dans son œuvre. Par exemple, dans son recueil de poèmes nommé Stèle, chaque poème est introduit par quelques sinogrammes. Son roman René Leys se déroule en Chine.

   Par contre, Les Immémoriaux ne fait pas partie de son œuvre chinoise. Elle est polynésienne. Segalen avant d’aller vivre en Chine a vécu une petite partie de sa vie en Polynésie. J’arrête les quelques fanatiques de la Chine : ça n’a pas été vraiment une perte de temps, car ce séjour a donné naissance à cette merveille, ce roman : Les Immémoriaux.

   Pour une merveille, c’est une merveille. Je l’avoue, ce n’est pas par simple curiosité que j’ai jeter un coup d’œil à ce roman. Il fait partie de la liste des lectures d’été obligatoires. Je ne pouvais pas faire autrement que de le lire, sinon je me faisais taper sur les doigts à la rentrée. C’est vraiment un truc original. Je n’aurai jamais pensé lire un truc comme celui là. C’est un roman qui se base sur des évènements historiques. Mais moi qui ne suis pas un adepte des romans historiques, j’ai quand même aimé ce roman. Il ne ressemble pas du tout à un roman historique, en fait. Il n’y a pas « d’info à retenir » comme chez Balzac (je suis en train de lire un roman de Balzac justement, La Recherche de l’Absolu, le début est assez lourd, avec toutes les dates, les informations sur l’art flamand, etc. tout un bloc de vingt pages d’information condensées à retenir, si vous voyez l’Enfer --‘’). Le lecteur est plongé dans un état passif.

   Je n’avais pas l’impression d’avoir affaire à un narrateur français. Le roman est écrit en français, mais le narrateur semble voir les choses à la polynésienne. Et c’est pour moi le coup de maitre de Segalen, il plonge son lecteur en Polynésie. Il ne lui offre pas les rêves et les clichés qu’il attendait du roman en l’achetant, il lui impose de penser à la polynésienne. Les Britanniques par exemple le sont jamais appelés Britanniques. Segalen utilise toujours le nom polynésien : Piritané, comme s’il n’en connaissait pas d’autre, et comme si son lecteur pouvait comprendre. D’autres mots comme Maré ou Haérè-po  parsèment le texte, pas énormément, car le lecteur doit comprendre tout de même ce qu’il est en train de lire (le roman n’est pas difficile à comprendre et un lexique Polynésien se trouve à la fin du roman). On est vraiment en Polynésie et tout en lisant, on apprend des choses. Encore une fois, quand Segalen parle des traditions polynésienne, il ne s’embête (pour le pas utiliser un autre mot) pas à se prendre pour un savant. Il aborde la chose comme si c’était évident. Il y a donc dans ce roman du style, de l’originalité, c’est un roman qui nous apprend des choses sans être difficile à digérer. Et l’histoire, au fait ?

   Il y a aussi une histoire. Nous n’avons pas du style pur, et Segalen n’a pas non plus fondé le projet d’écrire un simple documentaire grand public. Il y a une histoire qui est celle de la colonisation britannique des îles polynésiennes, et une histoire bien construite. J’ai trouvé que le roman avançait bien sans se perdre dans certaines allées sombres comme a l’habitude de le faire Balzac (je ne suis pas trop balzacien, mais j’avoue quand même qu’il a écrit quelques chef d’œuvres ^^). Les chapitres ne sont pas trop longs. Rien n’y est inutile. En plus, c’est assez passionnant.

C’est un roman que j’ai beaucoup aimé car il a très peu de défauts, au fonds. Peut-être certains seront-ils déçus par les personnages qui ne sont pas super attachants (c’est mon avis). Mais quand un roman possède beaucoup de qualités, je ne vois pas le fait que les personnages ne soient pas attachants comme un défaut.

 

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Publié dans Littérature

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