Vigarello, Le Propre et le sale

Publié le par Mister Formidable

J’inaugure la rubrique « Essais et Philosophie » en douceur avec un des livres d’histoires les plus passionnants (et compréhensibles ;)) que j’ai jamais lu. En fait, j’étais tellement impatient de vous en parler que j’ai failli publier l’article avant d’avoir fini de le lire. Mais par honnêteté, j’ai attendu. Qu’est-ce qu’il est bien ! Ah ! Quel livre ! Et ce ne sont pas mes gouts étranges qui m’ont fait aimer ce livre. Une amie a égalem ent beaucoup aimé le lire, et les commentaires sur Amazon disent la même chose. Non, je ne déconne pas, un livre d’histoire passionnant, compréhensible, qui vous colle aux doigts tellement vous l’avez aimé, c’est possible. Ces livres existent, et Le propre et le sale en fait partie.

   J’ai décidé de ne pas noter les livres de cette rubrique. Si je devais noter un essai, ce serait sur les idées. Vous imaginez quand même le travail… Mais si je devais donner une note à ce livre, je dirai même plus, à ce bijou, ce serait 10/10 (ou 9.5/10). Vigarello a la qualité d’écrire pour être compris. je me rappelle d’un livre que notre professeur d’histoire nous avait donné à lire : Histoire sociale de la France au XIXème siècle de Christophe Charle. Umpf !!! toute la classe (ou presque) s’est détruit les neurones à essayer de comprendre dans comprendre ce qu’elle lisait, il y avait énormément de choses à mémoriser, et plus on avançait, plus on s’enfonçait. Vous avez reconnu l’image des sables mouvants j’espère… Le livre de Christophe Charle fonctionnait de la même manière que des sables mouvants (avec la suffocation et tout ce qui va avec). Mais Vigarello n’est pas Christophe Charle, quand il écrit, il écrit de manière claire, n’est pas pédant, et donne tellement d’exemples que les choses s’incrustent facilement dans la boite crânienne.

   Le sujet du livre au fait, qu’est-il ? L’histoire de la propreté du Moyen Age à la fin du XIXème siècle. Là est l’intérêt du livre. Quand on pense aux Rois de France, à la cour de Louis XIV, à la noblesse du XVIème et du XVIIème siècle… on imagine ces gens bien vêtus et tous propres. Or ce que montre Vigarello avec beaucoup de simplicité sans être simpliste, c’est qu’en réalité, au XVIème comme au XVIIème siècle, les hommes ne prenaient pas de bain. Non, pas de bain, une fois par an seulement. Et là se pose la question : Etaient-ils ennemis de la propreté ? Et le livre devient encore plus intéressant (en fait, plus on avance, plus il est intéressant, ce qui fait que pour moi, Vigarello s’est élevé au niveau de dieu vivant ^^). Ce n’est pas qu’ils étaient « sales ». Certes, ils étaient sales, mais pour eux, ce n’était pas être sale que de ne pas prendre de bain. Comment se lavaient-ils (oui, hurlez de dégout ! c’est ce que j’ai fait) : ils s’essuyaient avec une serviette sèche, et au XVIIème siècle, ils changeaient de chemise. Oui, je sais, horreur! Mais Vigarello n’a jamais écrit ce livre pour nous dégouter (il aurait écrit un roman, ça aurait donné plus de sensations fortes). Ce livre est un essai. Ce qu’il tente de faire, c’est d’expliquer pourquoi on en est arrivé à délaisser les bains, quel est le rôle du vêtement, du parfum aussi, de la poudre dans les cheveux, ainsi que ce qui a fait qu’on est ensuite revenu aux bains à la deuxième moitié du XVIIIème siècle. C’est une vrai étude des sociétés françaises, jusqu’aux découvertes de Pasteur et de leurs conséquences sur les habitudes hygiéniques.

   Et ce qui fait qu’on est convaincu, ce sont les très nombreux exemples que Vigarello donne. Il n’y a pas un moment où il ne donne pas d’exemple. Il peut par exemple sortir une phrase ou un paragraphe d’un essai de l’époque, de documents administratifs, de lettres, de journaux, il peut décrire une image… mais le plus souvent Vigarello travaille sur des œuvres littéraires. Et pour une idée, il va juxtaposer deux ou trois exemples. Tout se fixe automatiquement (ou presque) dans la tête du lecteur. Le fait qu’il utilise des œuvres littéraires m’a vraiment parlé, et c’est pour moi un plus. Moi qui n’ai pas toujours su retenir l’information que j’ai lu dans les œuvres historiques, je n’ai eu aucun problème ici. Je vous le conseille vraiment.

Publié dans Philosophie et essais

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