Villon, le Testament

Publié le par Mister Formidable

   Critique :                                                                                                                                                    Note : 6.5/10

   Je reviens à la poésie plus tôt que prévu avec François Villon. J’ai plus l’habitude de parler de la littérature du XIXème et du XXème siècle parce que ça me parle plus. Mais ça ne signifie pas que je déteste tout ce qui s’est fait avant. Et si je devais vous donner une liste des œuvres anciennes que j’ai bien aimées, je mettrai les œuvres de Villon dans cette liste. Par contre, le 6.5/10, c’est pour l’horrible mal de tête que j’ai eu après la lecture. Imaginez quand même, des vers et des vers écrits en ancien français. Ce n’est pas le français du Moyen-âge, c’est un français plus moderne, mais ce n’est pas notre français non plus. Donc j’admirais les vers de Villon tout en souffrant et en tendant ma main vers le ciel, demandant à en finir au plus vite. J’étais dans un état pitoyable, proche de l’agonie et en même temps, je trouvais l’œuvre très belle. Mais rassurez vous, je suis vivant, c’est l’essentiel.

   Villon est surtout connu pour deux poèmes : La Ballade des pendus et la Ballade des dames du temps jadis (que Brassens a chanté ;)). Mais beaucoup d’autres poèmes méritent vraiment d’être lus (avec l’explication à côté quand même ^^). Le Testament se présente à la fois comme un recueil et comme un long poème en lui-même. On peut lire sans être gêné certains poèmes en piochant dans l’œuvre, mais on se rend compte, si on l’a lu en entier, que tout se suit d’une manière assez logique. Villon ne lance pas les différents sujets qu’il traite comme des chemises, à la manière de Montaigne. Vous la connaissez peut-être, cette manière de hop ! passer d’un sujet à un autre sans que le lecteur l’ait senti. C’est le style de Montaigne, mais ce n’est pas le style de Villon. Villon avance progressivement, ce qui est un avantage pour la mémoire. Il va traiter de la vieillesse, de la mort, des femmes, etc. et d’une très belle façon.

   Le Testament est une œuvre assez particulière. Villon en fait, il ne faut pas se l’imaginer tout sage et tout gentil, c’est une vrai langue de vipère ^^ Je me l’imaginais courtois envers les femmes, charmant envers son entourage, son côté philosophe avait mené mon imagination vers ce chemin là. Mais que nenni, je m’étais en fait trompé. Si je vous dis que Le Testament, il le destine à tous ses ennemis, vous me croyez ? Qu’est ce qu’il ne leur a pas donné ! Sur ce point, il use d’un humour paillard, proche de celui de Rabelais. Et c’est un personnage assez douteux. Il parait qu’il en a fait de belles. Il est justement connu pour ses méfaits. Mais il nie tout en bloc dans Le Testament, ce qui apporte quelque chose de mauvais au recueil ^^ Mais reconnaissons le quand même, il écrit bien.

   Je vous mets quelques poèmes que j’avais bien aimé. A propos de la lecture de Villon, si vous êtes découragés, vous avez raison. Mais il y a différentes manières de lires Villon. Si vous avez le courage, lisez tout le Testament. Mais l’idéal, c’est soit d’avoir l’œuvre complète en bilingue, soit de l’avoir avec des notes à côté. C’est dans Le Livre de Poche, collection les Lettres Gothiques : sur la page de droite vous avez le texte, et sur la page de gauche des notes, traduction de certains mots. Piochez un poème si vous ne voulez pas tout lire, lisez une vers.  Et si vous ne voulez pas acheter Villon… lisez quand même les poèmes en dessous ;)

 

 

   Ballade des dames du temps jadis

 

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

 

*

   Ballade des femmes de Paris

 

Quoy qu'on tient belles langagieres
Florentines, Venicïennes,
Assés pour estre messaigieres,
Et mesmement les ancïennes;
Mais soïent Lombardes, Roumaines,
Genevoises, à mes perilz,
Pimontoises, Savoysïennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

 

De beau parler tiennent chayëres,
Se dit-on, les Nappolitaines,
Et que bonnes sont cacquetieres
Allemandes et Prucïennes;
Soiënt Grecques, Egipcïennes,
De Hongrie ou d'autre pays,
Espaignolles ou Castellannes,
Il n'est bon bec que de Paris.

 

Brectes, Souyssez, n'y sçevent guerres,
Gasconnes ne Toulousïennes :
De Petit Pont deux harangieres
Les concluront; et les Lorraines,
Angleches et callesîennes
͟ Ai ge beaucoup de lieux compris ? ͟
Picardes de Valencïennes;
Il n'est bon bec que de Paris.

 

Prince, aux dames parisïennes
De beau parler donne le pris.
Quoy qu'on die d'Italïennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

 

*

 

   Ballade des langues ennuyeuses

 

En rïagal, en alcenic rochier,

En orpiment, en salpestre et chaulx vive,

En plomb boulant, pour mieulx les esmorcher,

En suye et poix destrempée de lessive

Faicte d’estront et de pissat de Juisve,

En lavailles de jambes à meseaux,

En raclure de piez et vieulx houzeaux,

En sang d’aspic et drocques venimeuses,

En fiel de loup, de regnards, de blereaux,

Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !

 

En servelle de chat qui hait pescher,

Noir, et si viel qu’il n’ait dent en gencyve,

D’un viel matin — qui vault bien aussi chier —

Tout enraigé, en sa bave et sallive,

En l’escume d’une mulle poussive,

Detrenchée menue à bons cyseaux,

En eaue où ratz plungent groins et museaux,

Regnes, crappaulx et beste dangereuses,

Serpens, laissars et telz nobles oiseaux,

Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !

 

En sublimé, dangereux à toucher,

Et ou nombril d’une couleuvre vive,

En sang c’on voit es poillectes sechier

Sur ces barbiers, quant plaine lune arrive,

Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cyve,

En chancre et fix et en ces cleres eaues

Où nourrisses essangent leurs drappeaux,

En petits baings de filles amoureuses

— Qui ne m’entant n’a suivy les borceaux… —

Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !

 

Prince, passez tous ces frians morceaux

S’estamine, sacs n’avez ne bluteaux,

Parmy le fons d’unes brayes breneuses,

Mais paravant en estronc de pourceaux

Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !

 

*

 

   Ballade à s’amie

 

Faulse beaulté qui tant me couste chier,
Rude en effect, ypocrite douleur,
Amour dure plus que fer a macher,
Nommer que puis, de ma deffaçon seur,
Cherme felon, la mort d'un povre cueur,
Orgueil mussé qui gens met au mourir,
Yeulx sans pitié, ne veult Droit de Rigueur,
Sans empirer, ung povre secourir?

Mieulx m'eust valu avoir esté serchier
Ailleurs secours: c'eust esté mon honneur.
Riens ne m'eust sceu hors de ce fait hacher:
Trocter m'en fault en fuyte et deshonneur.
Haro, haro, le grant et le mineur!
Et qu'esse cy? Mourray sans coup ferir?
Ou Pictié veult, selon ceste teneur,
Sans empirer, ung povre secourir?

Ung temps viendra qui fera dessechier,
Jaunyr, flectrir vostre espanye fleur.
Je m'en reisse, se tant peusse macher
Lors, mais nennil, ce seroit donc folleur:
Viel je seray, vous laide, sans couleur.
Or buvez fort, tant que ru peult courir;
Ne donnez pas a tous ceste douleur:
Sans empirer, ung povre secourir.

Prince amoureux, des amans le greigneur,
Vostre mal gré ne vouldroye encourir,
Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
Sans empirer, ung povre secourir.

 

 

 

 

 

  

Publié dans Littérature

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